Le site de Patrice Mussard

Souvenirs de la Mer Rouge

Courant mars 2009, j’ai envoyé à une liste « d’amis internet » une information sur une émission de télé consacrée, pour autant que je me souvienne, aux merveilles sous-marines de la Mer Rouge. Ce fut le départ d’un échange inattendu de courriels abondants, provoqué par la première intervention de Adrien Sauteron mentionnant son voyage sur le Jean Laborde à une date où, précisément, j’y étais aussi. Se sont joints par la suite, C. Carton, grand connaisseur de la région, et Pascale Grandamy que nos récits ont fait rêver. Pour conserver la mémoire de ces échanges amicaux, j’avais gardé tous les messages reçus et envoyés.
Je les ai compilés à votre intention ; ceux qui connaissent cette région, qui y ont voyagé ou qui y ont résidé retrouveront surement des souvenir ; pour les autres ce sera une découverte qui pourrait donner envie d'y aller. Evidemment, le pays, la population, la manière de vivre certainement auront beaucoup changé depuis l'époque évoquée par cette correspondance.
J'ai conservé intégralement la structure et la chronologie des mails que nous avons échangés tous les trois ; il y aura donc des croisements et des réponses tardives ...
J'ai d'abord fait ce travail dans un document Word que j'ai envoyé aux intervenants. Hélas, il est arrivé trop tard chez Adrien Sauteron, celui sans qui tout cela n'aurait jamais vu le jour ... il venait juste de quitter cette vallée de larmes.
Bonne lecture.
P. Mussard
P.S. pour cette version sur internet : notre « amitié par internet » étant liée à notre vie passée à Madagascar, il y aura naturellement des éléments relatifs à Mada ...

Échanges épistolaires

J'ai traversé la Mer ROUGE, en Avril 1955, sur le Jean Laborde (Le Caire/Djibouti puis Djibouti/Mombasa) mais ne l’ai vraiment découverte qu'avec le 1er documentaire de Cousteau. Je n’oublierai jamais "Jojo" le mérou qui était si familier qu’il fallait parfois l’enfermer dans une cage anti-requins pour pouvoir filmer ses congénères poissons....! Le documentaire est plaisant mais il n’y a pas de mérou .....! (jeux de mots graveleux ...s ' abstenir)\n\nsigné CXU - 7AG - Y3R
– Adrien Sauteron, 2009
Adrien :Eh bien, ça te surprendra peut-être, mais on devait être sur le même bateau (en même temps, évidemment !!!). Mais nous on s'est arrêtés à Djibouti parce que mes parents voulaient revoir des amis connus pendant notre séjour de 1950 à 1954 ... ensuite, on a rejoint Mada par avion (DC4 jusqu'à Arivonimamo) .. Je me rappelle très bien deux musiques qu'on entendait sur les ponts promenades ... tellement gravées dans ma mémoire que, quand je les entends, je retrouve le goût des potages qu'ils servaient à bord, genre consommé de champignon : c'était "Oh mon papa" (en version instrumentale) et "C'est magnifique" chanté par Luis Mariano ... Ceci est raconté sur mon site : http://www.patricemussard.fr Etonnant ! Non ?
– Patrice Mussard, 2009
Puisqu'on en est à l'évocation des souvenirs, je mets mon petit grain de sel, j’ai parcouru la Mer Rouge, sens nord-sud, en juillet 47 sur le Champollion (avons croisé le Pasteur retour d'Indochine), puis en septembre 49, sens sud-nord sur le Ville-de-Strasbourg. Nostalgie, nostalgie. "Oh!Mein papa!" ce devait être Harry James et sa trompette. Quant à "C'est magnifique", il me semble que ce devait plutôt être Dario Moreno, mais ce n'est pas bien grave. Plus tard, en mai 61,je me suis rendu à Eilat (voyage de fin d'études en Grèce et Israël),il n'y avait rien à part quelques baraquements et quelques petites maisons blanches ,je ne reconnaîtrais rien à présent avec tous ces immeubles.
– C. Carton, 2009
et là, c'est moi pendant la traversée du Canal de Suez ...
– Patrice Mussard, 2009
Effectivement, "Oh mon papa" était joué sur un instrument à vent ... je ne sais plus si c'était une trompette ou un saxo ... Pour "C'est magnifique" ... je ne sais plus qui chantait, les deux ont eu à leur répertoire ... Mais l'origine de mon mail était la surprise de découvrir "aujourd'hui" que j'étais sur le même bateau que Sauteron en avril 1955 ... et qu'on ne se connaît qu'à travers les messages qu'on échange au sujet de Mada … A gauche c'était ma maman
– Patrice Mussard, 2009
Photo de maman à gauche
Photo de maman à gauche
Evidemment, comme toujours, à Suez (ou Port Saïd) on avait eu droit à Gali Gali
– Patrice Mussard, 2009
Gali Gali à Suez ou Port Saïd
Gali Gali à Suez ou Port Saïd
Ah superbes photos, tout mignon le Patou et joli sourire de ta maman !!! Que de souvenirs et inouï effectivement d'apprendre que vous étiez Casimir et toi sur le même bateau...

Kezako le gali-gali... ?

la photo est en miniature, je ne vois rien.

NDLR : Adrien était surnommé "Casimir" ... on verra aussi apparaître ce surnom "malgachisé" en "Rakazim" ...
– Pascale Grandamy, 2009
Gali Gali était un magicien prestidigitateur Egyptien ... il faisait sortir des poussins des oreilles des spectateurs, des pièces de monnaie ...

Celui de 1955, c'était le fils ... Gali Gali père, je l'avais vu lors de mon premier passage en Mer Rouge, en 1950, quand nous allions à Djibouti, sur le Félix Roussel.

Détache la photo du mail et tu la verra, elle fait 1151*1800, je pense que c'est suffisamment visible !!!

Quant à maman que tu trouves souriante, bien qu'elle soit décédée en 1973, je la vois très souvent au cinéma sur cet écran :

c'étaient quasiment des sosies !!!
– Patrice Mussard, 2009
De Pascale Grandamy, le 3 mars 2009 – 9h48

Ah merci Patrice, j'en apprends des choses...c'est mignon ce terme de Gali Gali !

Hélas, à part une croix rouge, je ne vois toujours rien...9 – 9h48 Ah merci Patrice, j'en apprends des choses...c'est mignon ce terme de Gali Gali ! Hélas, à part une croix rouge, je ne vois toujours rien...
– Pascale Grandamy, 2009
De Patrice Mussard, le 3 mars 2009 – 11h 11

Voilà ...

D'ailleurs, à propos de Monfreid, à l'époque où nous y étions, il y avait un ciné-bar tenu par un type que l'on appelait "le père Maril" qui avait fait partie de l'équipe de Monfreid et c'était un régal de boire là et de l'écouter raconter leurs aventures ...

Je me rappelle aussi des taxis de Djibouti ... l'essence était en port franc et donc extrêmement bon marché. Les taxis étaient donc des Buick, des Studebakers, des Oldsmobiles, cabriolets ... A l'époque, nous n'avions pas encore de voiture et de temps en temps, mon père nous payait une balade en taxi, à la tombée de la nuit, jusqu'à Ambouli ... rien que d'en parler, je ressens encore sur la peau l'air tiède et un peu moite ... les taxis roulaient la plupart du temps à 35, 40 kmh ...

Un jour de 72, je traînais sur le boulevard de Belleville ... je suis entré dans une épicerie africaine ... Instantanément, je me suis retrouvé, par les odeurs des produits en vrac, à Djibouti : le sel, le charbon de bois, l'essence que l'on achetait à Djibouti dans des bidons de fer blanc (les tanikas) ... C'est une odeur très différente des petites épiceries gasy ...
– Patrice Mussard, 2009
De Adrien Sauteron, le 2 mars 2009 – 19h49.

Voyage inoubliable ... Marseille/Beyrouth, puis Beyrouth/Alexandrie, puis le canal Alexandrie/Le Caire journée passée à négocier avec l’un des marins égyptien monté avec le pilote un flacon de poudre d’ ailes de mouches cantharides, réputée aphrodisiaque selon les dires du vendeur (n’ayant pas de dollars nous n’avons pu faire affaire ... et sommes restés sur notre interrogation sur l’efficacité de ladite poudre ! ) Au Caire , nous nous sommes gavés de crevettes cuites sous nos yeux dans les canots à rames gravitant autour du bateau (système du panier avec une corde qui servait aux transactions), démonstration de "prestigidation" par " Gala-gala " sur le pont piscine A Djibouti premier contact " indigène " avec les chauffeurs des superbes taxis de marques américaines qui nous proposaient une visite du village afar ou nous disaient - ils nous pourrions " baiser " et même voir des femmes se faire " prendre " par des ânes ...,? Apéritif et déjeuner " Au Palmier en Zinc ", gâché par la foule des mendiants estropiés, lépreux ( ? ) et qui chassés par une porte, revenaient par une autre ....chaleur et mouches ( les climatiseurs n ' existaient pas encore )

Au moment de l ' embarquement le lendemain , un couple de bébés guépards étaient à vendre sur le quai ... ! Surprise aussi de voir le "Pasteur" à coté de nous et d’assister au transbordement de plusieurs soldats réunionnais rapatriés sanitaires parce que rendus fous par les attaques Viet contre leurs "postes" ... puis passage de la "ligne" et baptême, entre Djibouti et Mombasa. Puis voyage sans histoire : Dar es Salam - Majunga - Nossi be Diégo et terminus à Tamatave ....

Que de souvenirs....! mais pas de musique ...... !
– Adrien Sauteron, 2009
De Patrice Mussard, le 3 mars 2009 – 9h 53

Et là, tu le vois, Gali Gali ?

NDLR : photo renvoyée seule à Pascale…
– Patrice Mussard, 2009
De Pascale Grandamy, le 3 mars 2009 – 10h 08

Oui oui !!! Elle est extra cette photo... je la garde précieusement dans mon fichier ! Par contre, je me suis rendue sur le site pastedGraphic.tiff pour voir qu'elle était le sosie de ta maman ; mais rien ??? J'atterris sur Flickr ? Peux-tu être plus précis steuplaît...
– Pascale Grandamy, 2009
De Patrice Mussard, le 3 mars 2009 – 10h 14

C'est la femme qui tient la flamme sur le logo de Columbia Pictures : http://fr.wikipedia.org/wiki/Columbia_Pictures
– Patrice Mussard, 2009
De Pascale Grandamy, le 3 mars 2009 – 10h 13 (réponse à A. Sauteron)

Ah j'adore... superbe et passionnant votre petit récit de voyage, emprunt d'exotisme... Merci Rakazim ! Une Rapasy enchantée...

ps - z'ont des moeurs assez surprenantes dans ce village Afar....

NDLR : toujours dans la "malgachisation" des prénoms, Pascale c'est auto-baptisée "Rapasy" ... à la suite de qui, je suis devenu "Rapato" ...
– Pascale Grandamy, 2009
De Adrien Sauteron, le 3 mars 2009 – 10h 15

Pour ce voyage, j’étais "rapatrié" par l’armée en 3ème classe et j’ai fait l’appoint pour avoir une couchette dans une cabine à 4 en classe touriste.

J’étais le plus souvent sur une ou debout à la pointe de l'étrave à guetter les dauphins ... et éviter les militaires allant "servir" à Mada et en particulier, le capitaine d’arme qui ne comprenait pas que m’ayant dans son listing comme sergent en 3ème classe, me voyait évoluer en civil en "touriste" … et fou de rage, car ayant mon passeport, j’ai pu faire un tour sur les quais du Caire ce qui était interdit aux "militaires" à la suite de désertions de légionnaires en route pour l’Indochine ...

C’est à la suite de ce voyage que j’ai porté mon premier collier de barbe pour narguer ce fameux capitaine qui prétendait que je devais d’abord lui en demander l’autorisation !

Beaucoup de souvenirs mais hélas je ne crois pas t’avoir remarqué Patrice (ni ta Maman ...)

Quant aux photos du voyage, et crois-moi, il y en avait quelques-unes, elles ont disparu avec le vol de mes bagages chez un transitaire de Tamatave quand j’ai quitté Mada en 1968 ...
– Adrien Sauteron, 2009
De Pascale Grandamy, le 3 mars 2009 – 10h 19

Merci Patrice ! Ah oui, bien vu... et je confirme une bien jolie femme...!
– Pascale Grandamy, 2009
De Patrice Mussard, le 3 mars 2009 – 10h 24

(en référence aux femmes se faisant prendre par des ânes à Djibouti)

Bof ! Ça c'est du pipeau ... j'ai habité 5 ans à Djibouti et je peux garantir que je n'ai jamais entendu parler de ce genre de pratiques ... Attention, je ne mets pas en doute le fait que cela ait pu être proposé ...

D'ailleurs, à cette époque, on ne parlait pas d'Afars mais de Issa : à Djibouti, les deux ethnies rivales s'appelaient alors Issa et Dankali (ou Danakil) ...

Et je vous propose ces quelques photos (diapos scannées) de 1952 de jeunes femmes Dankali, photographiées près du lac Afambeau à la frontière avec l'Éthiopie ...

Eh bien pour pouvoir les faire, ces photos, les bakchichs avaient été conséquents !!!

Il s'agit de diapositives scannées ...
– Patrice Mussard, 2009
De Pascale Grandamy, le 3 mars 2009 – 10h 52

Merci pour cette précision Patrice. Il est vrai que tu as vécu à Djibouti et me souviens d'une anecdote que tu nous avais raconté à propos d'un sakafo d'huîtres, et de votre boy qui avait soigneusement rangé les coquilles au réfrigérateur pour le dîner... dès fois que vous ayez les crocs...(hilare la Rapasy)

En revanche, et je ne sais pas si je suis la seule (?) mais je reçois tes photos en miniature... Pas tâche moyen de voir quoi que ce soit...?
– Pascale Grandamy, 2009
De Pascale Grandamy, le 3 mars 2009 – 10h 54

Oup's...Sorry Patrice, triple buse que je suis... en cliquant sur les photos je peux les voir...
– Pascale Grandamy, 2009
De Adrien Sauteron, le 3 mars 2009 – 10h 57

Maintenant que tu l’écris, on disait Danakils, comme Henri de Monfreid. Afars et Issas sont venus après l’indépendance .....

Je n’ai pu visionner tes photos je les ai reçues "écrasées" ... En ce qui concerne les propositions des "taximens" ce ne furent que des propositions et le gérant du Palmier en Zinc interrogé nous a dit que c’ était une façon d’appâter ( pour mieux les dépouiller ) les militaires rentrant d’Indochine, faisant escale à Djibouti !
– Adrien Sauteron, 2009
De C.Carton, le 3 mars 2009 – 12h 27

Je confirme tout à fait les commentaires de Patrice, ayant vécu à Djibouti de 1947 à 49, avec retour pendant les grandes vacances 51, mes parents y étant restés jusqu'à fin 53 date de notre départ pour Mada. L'ethnie de Djibouti, dans la partie sud du golfe de Tadjourah, était appelée Issa. L'ethnie vivant dans la partie nord du golfe (Obock et Tadjourah) était appelée Dankali (Danakil au pluriel). Il y avait à Djibouti une 3ème ethnie minoritaire originaire du Somaliland britannique,les Gadaboursi, qui étaient méprisés par les deux autres et étaient parfois malmenés (c'est un euphémisme), il fallait que les forces de l'ordre s'interposent pour les protéger.

Bizarrement, le terme de Afar n'était pas utilisé à cette époque et m'était totalement inconnu. Il est apparu plus tard, je ne sais pas exactement quand, en 1967 peut-être, quand la colonie qui s'appelait alors Côte Française des Somalis est devenue le Territoire Français des Afars et des Issas.

J'ai été en classe en CM2 avec Ali Aref qui est devenu le 1er président du Territoire en 1967. Je crois me souvenir qu'il était Dankali et en tout cas il était très gentil et francophile (c'est sans doute pour cela qu'il a obtenu le poste). Il avait un teint beaucoup plus clair que la plupart des Somalis.

Si vous êtes intéressés par l'histoire de cette contrée, vous pouvez lire les bouquins de Henry de Monfreid qui y a vécu. C'est un peu romancé et il se met souvent en valeur en passant sous silence ses trafiques divers (armes notamment), mais la peinture des moeurs est assez réaliste et ça se laisse lire facilement.

Charles.
– C.Carton, 2009
De Patrice Mussard, le 3 mars 2009 – 12h 38

Merci à Charles de m'avoir remis en mémoire le nom "Gadaboursi" ...

Comme il y a plusieurs ex de Mada qui connaissent Djibouti, je vais quand même me décider à mettre à jour on site en ajoutant des photos de ce fantastique petit pays ... au bout de quelques mois, on oubliait a chaleur écrasante pour ne retenir que la magie du lieu, du désert et de ses dangers ... la traversée du Grand Bara où il fallait bien suivre le balisage pour éviter de se perdre et de tourner comme les Duponts au Pays de l'Or Noir ... les pêches miraculeuses à Mascali, les ballades à l'Arta ou à Randa dans la forêt de Bankoualé, le lac Assal, l'oasis de Dikkil (on disait "palmeraie" à Djibouti). ...

Le terme d'Afar désigne la dépression où se trouve le lac Assal.

Avec Monfreid il faut lire aussi la bio de Arthur Rimbaud ...
– Patrice Mussard, 2009
Sans vouloir lasser ceux qui ne seraient pas trop intéressés par la question, je reviens rapidement sur cette double appellation de Dankali (Danakil au pluriel) et de Afar.

En lisant un peu plus la doc. j'ai découvert que le peuple Afar (tel qu'ils se nomment eux-mêmes) s'étend sur un vaste territoire appelé le Triangle Afar qui s'étale sur 3 pays, puisqu'on en dénombre à peu près 1 400 000 en Ethiopie, 350 000 en Erythrée et 380 000 en République de Djibouti.

Cela pourrait expliquer qu'à l'époque de la Côte Française des Somalis on ne parlait que des Danakil qui se trouvaient dans le pays Dankali limité au Territoire et non des Afars dont la majorité se situaient en dehors du Territoire.

Mais cela ne constitue qu'une tentative d'explication personnelle. Il faudrait que j'arrive à interroger des anciens de l'époque si je peux en retrouver, mais ça se raréfie.

A+. Charles.
– C.Carton, 2009
Pour avoir lu les "exploits" pas toujours louables de Henry de Monfreid, et de l'Arthur Rimbaud, merci Charles, Patrice, et Casimir, pour les connaissances que vous m'apportez chacun à votre manière pour votre vécu.

J'avais vu une série il y a fort longtemps à la tivi avec un acteur que j'aime particulièrement et dont j'ai oublié le nom (souvent second rôle dans de grandes productions françaises) ; je ne sais plus s'il s'agissait de Rimbaud ou de Monfreid... qu'il incarnait dans ce film, mais j'ai en mémoire tout comme le raconte Patrice ces couleurs magnifiques, ces odeurs que l'on devine, cette chaleur, cette moiteur. Une "crasse" (sans connotation péjorative) de vie dont on a pas envie de se laver tellement, comment dire... tellement çà semble naturel quoi. Pour avoir passée quelques séjours en Afrique, mais... du nord, et plus précisément en Tunisie, à Djerba exactement.... lorsque le tourisme n'était pas encore là, je me souviens d'instants absolument merveilles, notamment sur la place de la capitale de l'île à 18 H, le soir.... La lumière était fabuleuse, les djerbiens jouaient aux dominos sur des tables en formica à même la poussière du sol avec une légère brise. Petits parisiens de touristes, que nous étions après ce bain de vraie vie, nous nous hâtions de regagner notre Palace 5 * pour prendre notre douche...
– Pascale Grandamy, 2009
On trouve tout ça sur Wikipedia ... il suffit de rechercher sur "afar" Mais à mon époque on parlait des Issa ET des Dankali ... et ils ne s'entendaient pas bien entre eux ... mon père a souvent eu des ouvriers qui s'absentaient une semaine pour une vendetta à effectuer ...
– Patrice Mussard, 2009
Tu as raison, mon cher Watson, mais cela ne nous dit pas pourquoi à "ton époque" et à la mienne ,on ne parlait pas d'Afar, ce qui est le point de mon interrogation.

Si tu trouves la réponse, tu peux la communiquer à Wikipeda qui, comme tu le sais, se nourrit des infos de ses participants.

On trouve des tas d'autres infos sur d'autres sites et dans des docs assez bien fournis.
– C.Carton, 2009
Sur GOOGLE ,j'ai tapé DANAKIL et sur la page trouvée (français) j'ai cliqué sur le 1er site proposé : TADJOURA - AFAR - DANAKIL – DANKALI et je me suis régalé d'explications et images diverses … Je vous le conseille .. A+
– Adrien Sauteron, 2009
Merci Casim, déjà vu, on trouve beaucoup de choses sur Internet, malheureusement je n'ai pas trouvé d'explication au fait que dans les années 40-50 le vocable Afar n'était absolument pas utilisé sur place. J'ai questionné ma mère qui est encore en vie et elle me l'a confirmé. J'ai en outre des amis de mon âge à Nice et à Antibes qui étaient là-bas de 48 à 53 et qui me disent la même chose, ce n'est donc pas ma mémoire qui me joue des tours. J'ai plusieurs ouvrages de l'époque sur la Côte des Somalis et là pas trace d'Afar non plus. Tu peux aussi trouver des choses intéressantes sur Encyclopedia Universalis et sur le site de la République de Djibouti. Petite anecdote amusante en passant, Hassan Gouled qui fut le 1er président de la République en 1977 lors de l'indépendance (il a remplacé Ali Aref dont il était ennemi) était employé comme scribouillard dans les services dont mon père était responsable. Il magouillait déjà dans la politique à l'époque et on le tenait à l'oeil. Au fait, j'ai dit une petite bêtise précédemment, mes parents ont été à Djibouti de 1947 à fin 1952 et non 1953, mea culpa. Je suis arrivé à Galliéni début Janvier 53. Mon père a demandé sa mutation à cause de moi, car il n'y avait pas d'établissement secondaire à Djibouti et j'étais donc pensionnaire à Grenoble depuis l'âge de 11 ans. C'est à regret que mes parents ont quitté Djibouti car ils s'y plaisaient énormément, ils y ont eu de nombreux amis avec certains desquels ils ont gardé contact par la suite. NDLR : Je laisse le paragraphe suivant, des fois que des lecteurs se reconnaitraient !!! Je vais citer quelques noms pour Patrice, au cas où ça lui rappellerait quelque chose: Sirieix (gouverneur) remplacé par Sadoul en 50, Chamboredon (secrétaire général), Liurette (directeur de cabinet),Grand-Perrin (commandant de cercle), Monclar (directeur de la Sûreté), Beaufils d'Alaré, Le Faou, Gadennes, Mascret (tous au CFE le chemin de fer franco-éthiopien), Labarsouque (commandant de gendarmerie), Beleau, Arnaud, Tolomier (Travaux Publics), Chavigny et Pottier (Trésor), Soulier et Audouin (Radio), Geffroy (PTT), Depouilly, Rémy, Gainet (instituteurs). Il y en avait beaucoup d'autres dont j'ai oublié les noms. Excuse-moi Casim pour cette litanie qui ne t'intéresse sûrement pas, mais ce serait amusant que Patrice retrouve des connaissances de ses parents dans cette liste à la Prévert (j'ai indiqué les fonctions pour donner des indices de recherche). A +. Charles.
– C.Carton, 2009
(concernant les Afars) Non, Charles, ces noms ne me disent rien ... à part Sadoul. Mais cela vient du milieu dans lequel nous vivions ... Mon père travaillait pour la société EGIL (électricité) chargé de la mise en service de la centrale thermique pour alimenter Djibouti. C'est pour ça que, quand nous sommes arrivés en 50, on logeait avenue 13 et on s'éclairait au pétromax (j'ai encore l'odeur du pétromax dans le nez et le sifflement dans les oreilles ...). Les gens que nous connaissions étaient donc dans le milieu professionnel de mon père. Pour s'occuper, ma mère a travaillé un moment au Cercle, elle s'occupait de l'état civil ... j'ai de nombreux papiers qu'elle a conservés précieusement où des somalis, dans un français encore moins qu'approximatif demandent une "carte tité" ... faudrait que je les scanne et les mette sur mon site. Ensuite, elle avait travaillé comme vendeuse à la CFOI (Comptoir Français de l'Océan Indien), juste en face de l'Oasis et à côté du Palmier en Zinc. Parmi les personnes que j'ai connues, il y avait Les Thiévon, lui travaillait aux Chemins de Fer ... il roulait dans une vieille Wolkswagen amphibie récupérée aux Allemands. Le Père Maril qui tenait le fameux ciné-bar ... je crois que c'était le Métro ? Marinette (Tunisienne) et son mari Favo (Napolitain) qui tenaient l'Oasis (couscous tous les jeudis), Charlot : le coiffeur qui était à côté de l'Oasis et qui avait toujours des animaux exotiques dans son salon (lynx, guépard ...), Sadoul qui était très accessibles aux administrés ... j'ai été invité une fois à l'anniversaire de son fils, au Palais. Dans les années 60-64, Sadoul a débarqué à Tana où nous l'avons retrouvé, administrateur de je ne sais plus quelle société. Le fils Sadoul : Numa est dans le milieu édition, spécialisé dans la SF ... Au sujet du changement de nom du territoire : de notre temps, c'était la Côte Française des Somalis ... Géographiquement, l'Afar est à cheval sur l'Ethiopie et l'ancienne CFS et de plus, le Danakil (territoire des Dankali) est une sous-partie de l'Afar. Etant donné qu'il existe maintenant un pays Somalie regroupant les anciennes Somali-Land (britannique) et Somalie Italienne, ils ont choisi le nom qui était le plus représentatif pour eux l'Afar. L'ancien Dahomey (littéralement : le Pays des hommes forts") est devenu le Bénin (ça a un côté insignifiant) ... comme quoi, c'est pas toujours heureux !! Patrice
– Patrice Mussard, 2009
Je viens de passer 2h à découvrir l'histoire d'Obock - Djibouti – Tadjoura (Côte française des Somali) de 1858 à nos jours, sur le site indiqué, et ce fut passionnant ! J'ai découvert l'horreur de l'infibulation qui accompagnait l'excision des petites filles, j'ai appris que Afars, Issas et Danakils étaient "coupeurs de couilles", j'ai découvert le Bahr el Assal, le Bahr el Abbé ou fut tourné en décors naturels, la première partie du film La planète des Singes, le récit de sa vie sur place par Mme de Monfreid, le récit de la traversée du désert d'Abyssinie par Rimbaud en 1938. Pas d'explication concernant la question que tu te poses Charles … mais moi j'ai découvert un pays que j'ignorais totalement et dont l'histoire, apparemment est très riche. Photos et gravures sont très "parlantes" ! J'ai été moins intéressé par l'histoire "modern" du pays ! Puisque vous y avez vécu tout les deux, j'ai voulu, par curiosité, avoir une idée du pays. C'est fait …
– Adrien Sauteron, 2009
La communauté européenne à Djibouti n'était pas très nombreuse et il n'y avait pas, à mon souvenir, de cloisonnement entre les gens. Si je t'ai cité des noms de fonctionnaires surtout, à part ceux du Chemin de Fer, c'était parce que je pensais qu'ils étaient plus faciles à identifier. Mais mes parents fréquentaient bien d'autres personnes qui travaillaient dans le privé. Je me souviens, entre autres, des Barrier, Patry, Gardonni, Vigne, Constant, Blanchet.

Je me souviens très bien de Marinette, très sympathique, qui me chouchoutait à cause de mes yeux bleus, ce qui me faisait enrager et du coiffeur avec son lynx et son guépard dans le salon de coiffure. Le lynx avait l'habitude de faire sa sieste dans le guéridon qui contenait les revues, dissimulé sous le napperon et quand on avançait la main pour saisir une revue, il nous faisait savoir qu'on le dérangeait dans son somme. Le-dit coiffeur était un compagnon de chasse de mon père avec Gardonni et Tolomier. Ils chassaient le lapin, le dig-dig ou la gazelle cul-blanc.

Il me semble que le cinéma fermé qui était situé dans le prolongement de la Poste s'appelait l'Eden. L'autre cinéma, en plein air celui-là, était plus grand, avec un balcon.

C'était l'Olympia je crois. L'été, mon père assistait aux séances le torse nu comme tout le monde, mais il prenait soin de tenir sa chemise encore toute pliée sur le bras.

Ta mère ayant travaillé au Cercle a sûrement connu mon père qui y avait un bureau.

Il était responsable des Services Municipaux, une fonction un peu bizarre telle que l'Administration pouvait en inventer à cette époque, comme une sorte d'édile non élu chargé de la voierie et de la coordination des services publics comme l'eau, l'éclairage, l'entretien des chaussées, la circulation, etc... Je me souviens qu'il lui arrivait parfois de marier des gens, mais il me semble qu'il partageait cette tâche avec le Commandant de Cercle. Je me rappelle que lors d'une bataille sanglante entre Issas et Gadaboursis qui a duré 4 ou 5 jours, il était sur la brèche avec sa jeep pour séparer les belligérants, je ne sais pas trop à quel titre.

En parlant de voiture, tu évoquais les gros taxis djiboutiens. En effet, l'essence ne coûtait pratiquement rien et Djibouti, pour faire concurrence à Aden, était port franc. De plus, on avait le franc djiboutien qui était encore plus avantageux que le CFA. On y trouvait donc des tas de voitures étrangères. Mon père avait une jeep comme voiture de fonction et une grosse Nash décapotable de 23 CV pesant au moins 2 tonnes comme véhicule privé. C'est avec cet engin que j'ai appris à conduire à l'âge de 13 ans, manquant souvent de peu d'écraser quelques braves chameaux (c'est ainsi que nous appelions par erreur les dromadaires) entre Djibouti et Ambouli.

Peut-être as-tu pu profiter de la colonie de vacances que la CFE (Chemins de Fer pour les non-initiés) possédait au Harar (Ethiopie). J'y ai passé 4 semaines en Août 48, ce fut très agréable. Le Harar est une station d'altitude qui était très prisée des Djiboutiens voulant échapper un moment à la fournaise de l'été. Le Négus y avait d'ailleurs un palais et il y venait assez souvent. Henry de Monfreid y avait eu une jolie propriété que l'on pouvait visiter. Je me souviens surtout du magnifique verger regorgeant de pêchers, pruniers, poiriers, goyaviers, bibassiers, pommes cannelles, corossols, etc... Pour y aller de Djibouti, on prenait le train jusqu'à Dire Daoua, voyage toute la nuit, puis on rejoignait le Harrar par la route en camion (il n'y avait pas de car à l'époque). Et arrivé là-haut, quelle fraîcheur! Il fallait se couvrir la nuit pour dormir, quel bonheur!

Je vous raconterai une autre fois mon voyage au plateau du Day, dans le massif du Goudah.

A+. Charles.
– C.Carton, 2009
Photo 1. Votre serviteur est le blondinet aux grandes oreilles au milieu de l'image, avec la jolie blondinette à son côté.
– Auteur, 2025
Votre serviteur est le blondinet aux grandes oreilles au milieu de l'image, avec la jolie blondinette à son côté.
Votre serviteur est le blondinet aux grandes oreilles au milieu de l'image, avec la jolie blondinette à son côté.
Photo 2. Votre serviteur est en haut, au milieu, blondinet aux grandes oreilles avec la même jolie blondinette appuyée sur son épaule.
– Auteur à préciser, 2009
Votre serviteur est en haut, au milieu, blondinet aux grandes oreilles avec la même jolie blondinette appuyée sur son épaule.
Votre serviteur est en haut, au milieu, blondinet aux grandes oreilles avec la même jolie blondinette appuyée sur son épaule.
A quand l'écriture d'un livre ou d'un scénario de film ?

A tous les trois un César en récompense, pour sûr "Coup de torchon" serait détrôné !!!!!
– De Pascale Grandamy, le 4 mars 2009 – 16h 52, 2009
Evidemment ... mais ce qui est encore plus barbare, c'est que l'excision, c'est seulement l'ablation du clitounet ... donc pas de jouissance ... donc aucun intérêt pour l'adultère ... donc aucune vie de vraie femme !!!!
– De Patrice Mussard, le 4 mars 2009 – 18h 54, 2009
C'est sûr que la communauté européenne n'était pas très importante ... mais il se forme toujours des groupes d'amis par affinité ... Rien de péjoratif si, par tes parents, vous vous êtes trouvé à fréquenter du personnel administratif ou militaire ... C'est génial d'avoir les mêmes souvenirs ... le lynx sous les magazines, c'est pourtant vrai ... une fois, Charlot s'était baladé dans Djibouti avec un guépard sur le capot de sa jeep ... personne n'essayer de lui voler quoi que ce soit dans la voiture ...
– Patrice Mussard, 2009
Voici une photo de groupe devant le Palmier en Zinc : ma mère est au premier rang, deuxième à gauche et je suis juste derrière elle dans la benne du camion avec le casque colonial (photo 1951).
– Patrice Mussard, 1951
J'ai bien sûr profité deux fois (1951 et 1952) du centre de vacances des chemins de fer à Harrar. On y allait d'ailleurs en train ... Awash, Dire Daoua ... Voilà des noms qui sont pleins de souvenirs et qui parlent à ceux qui ont vu la bio de Rimbaud à la Télé. Voici trois photos de 1952.

Ici, je suis de dos au centre avec le petit pull débardeur.
– Patrice Mussard, 1952
toujours avec le pull
– Patrice Mussard, 1952
Je suis au bout à droite ... décidément, je l'aimais bien ce petit pull
– Patrice Mussard, 1952
En 1953, mes parents s'y étaient pris trop tard et je n'avais pu aller en colo ... Du coup, je m'étais retrouvé en pension chez les soeurs Maltaises à Harrar ... c'était une école et j'y ai pris mes premières leçons d'anglais et j'apprenais aussi l'écriture éthiopienne (très belle d'ailleurs) ... J'ai eu l'occasion de visiter une léproserie avec les soeurs ... et aussi d'aller écouter les hyènes, le soir à l'orée du village quand elles viennent visiter les décharges ...

Ici une photo avec un petit copain de classe éthiopien
– Patrice Mussard, 1953
Et ici, une autre prise dans les jardins du restaurant italien Ciao quand ma mère était me faire un petit coucou
– Patrice Mussard, 1953

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