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Les Amants de Tritriva

Les Amants de Tritriva

Les Amants de Tritriva (Légende malgache)

Cette légende démontre bien, comme si c'était encore nécessaire, l'universalité du thème des amants contrariés que Shakespeare a immortalisé dans Roméo et Juliette. Légende, rêve capricieux tissé de fils dor, conduis-nous, sur tes rythmes ensorcelants, hors des bords du réel, enchaîne nos esprits et nos coeurs des liens de l'amour plus puissants que la haine et la mort. Ainsi, au soir tombant, assis face au lac tragique, parlait Raleva, le vieux conteur, à son jeune auditoire, suspendu au récit de cette désespérante idylle. Et il continua. Elle était bien belle, cette Velohanta, belle comme nos filles de l'Ankaratra, droite et mince telle la tige du riz mûrissant, son profil d'une finesse exquise, ses yeux de velours à la douceur d'une caresse sous l'arc de ses longs cils, ses lèvres rouges et humides entre deux rangs de dents petites pareilles à la chair blanche du manioc, sa chevelure légère divisée en fines tresses d'ébène, son corps ambré à la souplesse du palmier et sa jeune poitrine à peine dessinée sous le lamba qui la drapait, sans bracelets ni colliers. Qu'elle était séduisante, lorsque ses pieds foulant la poussière rouge du chemin, avant le repas du soir et tenant sur sa tête de son bras arrondi la cruche pleine, elle revenait de la source où elle avait puisé. La voyant ainsi, chacun se sentait envahi du frémissement divin de la beauté. Beniomby était un solide garçon de nos campagnes, alerte et courageux, ses bras nerveux que le travail avait durcis étaient prompts à briser les mottes de terre, son regard bon comme un sommeil sans rêves, sa jeunesse éclatant en un corps harmonieux, depuis ses amples épaules musclées jusqu'à ses reins étroits. Lorsqu'il cheminait, ceint de son lamba et portant Yangady, les plus belles filles des villages, en s'en cachant pudiquement, le suivaient longuement du regard. Mais, lui, ne se laissait émouvoir qu'au clair sourire de sa bien-aimée. Depuis quand s'aimaient-ils ? Depuis toujours, sans doute. Depuis qu'enfants, nés au même lieu, ils s'ébattaient ensemble et jouaient à longueur de journées. Il fallait, pour les séparer, lors du repas qui précède le coucher, que la mère de Velohanta appelât sa fille de sa voix aigre, tandis que Rangory hélait également son fils. Ce tendre amour d'entants n'avait fait que croître avec les ans, sans qu'ils en aient eu conscience. Tous deux, main tenant qu'ils avaient franchi la nubilité, s'aimaient d'une passion forte et douce, née comme le grain des semailles germe et croît, telle la rizière lève et dore sa moisson. Mais la vie n'est pas un conte. Velohanta, fille de Radaoro, habitait la plus belle maison du village et son père en possédait bien d'autres. Son troupeau de bœufs était incomptable, ses bouviers légion, ses terres vastes et fertiles. Son domaine s'étendait jusqu'au petit bois de tapias juche au sommet de la colline sombre où, sous le feuillage épais, les vers à soie filaient silencieusement leurs cocons. Velohan